Les tracteurs de retour à Paris pour exprimer la colère agricole
Des dizaines de tracteurs sont de nouveau entrées dans Paris à l’aube ce mardi 13 janvier 2026, cette fois-ci aux couleurs de la FNSEA et de Jeunes Agriculteurs (JA) pour exiger des « actes concrets et immédiats » du gouvernement qui peine à faire face à la colère agricole. Une délégation syndicale était reçue à Matignon à 14 h 30.
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Vendredi dernier, ce sont les tracteurs de la Coordination rurale qui stationnaient au pied de la tour Eiffel et de l’Arc de triomphe. Ceux de la Confédération paysanne ralentissaient le trafic sur le boulevard périphérique. Aujourd’hui, le mardi 13 janvier 2026, ce sont ceux de la FNSEA et de Jeunes Agriculteurs (JA) qui rejoignent la capitale.
Direction l’Assemblée nationale
« Environ 350 tracteurs » ont été « recensés » et 150 sont déjà entrés dans la capitale, par la porte Dauphine, a indiqué la préfecture de police de Paris peu après 7 h 00. Ils arrivent du Nord, de l’Eure-et-Loir, du Loiret et des départements de la grande couronne parisienne, a précisé la préfecture de police. Cette dernière avait avalisé le tracé du défilé en amont et ne rapporte aucun incident. Escortés, les manifestants sont passés devant l’Arc de Triomphe et ont rapidement atteint le quai d’Orsay pour se réunir devant l’Assemblée nationale en milieu de matinée
Un premier convoi d’une quinzaine de tracteurs est entré dans Paris peu avant 6 h 00, a constaté une journaliste de l’AFP. Ils ont vite été rejoints par des dizaines d’autres véhicules. Arborant des drapeaux de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, les tracteurs, entrés par la porte Dauphine et escortés par des camions de CRS, remontaient vers 6 h 15 l’avenue Foch en direction de l’Arc de triomphe, en klaxonnant abondamment.
« Pas de pays sans paysan », « pas de paysan = > pas d’alimentation », peut-on lire sur un panneau accroché à l’un des tracteurs. Vers 6 h 45, les tracteurs étaient sur l’avenue des Champs-Élysées. Devant l’Assemblée nationale, où une nacelle de chantier s’est hissée au-dessus des tracteurs pour les discours des élus syndicaux, certains ont même prévu matelas et duvets pour prolonger la journée de mobilisation.
« Tant qu’il n’y a pas d’annonces concrètes ou d’actes, on ne bougera pas », assène Grégoire Bouilliant, membre du bureau de la FDSEA Île-de-France et producteur de céréales et betteraves dans le Val-d’Oise. « Et pour l’instant, il n’est pas dit qu’on partira à l’issue du rendez-vous avec le Premier ministre. Il faudra qu’il y ait vraiment des choses concrètes sur les revendications qu’on a, et tout de suite », renchérit Christophe Parent, vice-président de la FDSEA de Seine-et-Marne.
« Qu’on nous laisse exercer notre métier »
Des galettes des rois s’entassent sur des tréteaux improvisés, parfois sur des ballots de paille. Fixées devant le pont de la Concorde fermé pour l’occasion, les forces de l’ordre encadrent le rassemblement qui prend bientôt des airs de kermesse. Les tracteurs sont bien rangés sur plus d’un kilomètre le long du quai d’Orsay, mais les discours sont graves et tranchent avec la bonne ambiance apparente.
« Si on veut garder la souveraineté alimentaire, qu’on nous laisse exercer notre métier, a expliqué Fabrice Moulin, 52 ans, céréalier dans l’Eure. On n’est pas pour l’anarchie mais trop de règles tuent les règles. Aujourd’hui, on ne vit plus de notre activité », a-t-il soutenu, évoquant le chapelet de mauvaises nouvelles pour l’agriculture : crise sanitaire de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC), l’augmentation du coût des engrais, l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur en passe d’être signé.
Pour Baptiste Zado, qui exploite une ferme en polyculture-élevage avec son père dans les Yvelines, en Région parisienne, « on a besoin qu’on nous sécurise le marché français. L’élevage français doit passer avant l’élevage brésilien. On ne peut plus se serrer la ceinture », affirme ce membre des Jeunes Agriculteurs.
Une « colère légitime »
À quelques jours de la signature de l’accord entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, samedi au Paraguay, les agriculteurs ont multiplié les actions. Comme au Havre, premier port français de commerce, où des filtrages ont été mis en place, sans bloquer l’activité. Depuis ce week-end, des agriculteurs « contrôlent » les camions frigorifiques et vérifient la provenance des produits.
Ces agriculteurs ont découvert « des produits qui n’ont pas les mêmes normes de production » que les nôtres, avait précédemment déploré auprès de l’AFP Justin Lemaître, secrétaire général de JA dans la Seine-Maritime, réclamant « que l’importation respecte nos standards de production ».
Pour les détracteurs du traité commercial avec les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay), cet accord va bousculer l’agriculture européenne avec des produits importés moins chers et pas forcément respectueux des normes de l’Union européenne, faute de contrôles suffisants.
Les ports de Bayonne, La Rochelle, ont également été le théâtre de blocages de la part de divers syndicats agricoles, lesquels ont mobilisé devant les préfectures ou sur les routes à Metz, Pau, Périgueux, Poitiers, Dax et Limoges.
« La colère des agriculteurs est profonde et leurs revendications sont légitimes, et nous les entendons au plus haut niveau du gouvernement », a répondu hier matin sur BFMTV la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. Vendredi, le 9 janvier, elle avait annoncé des mesures en faveur des céréaliers, des viticulteurs ou encore des éleveurs, sans calmer la mobilisation.
Des revendications « structurelles »
Pour de nombreux manifestants présents, les problèmes à régler dépassent l’accord avec le Mercosur, et sont d’ordre structurel. « Le Mercosur, c’est le détonateur de notre colère, parce que depuis six mois on sait que l’accord va être voté, confie Christophe Parent. Au niveau européen, la France n’a plus d’influence du tout. Mais nous sommes là aujourd’hui pour signifier le ras-le-bol complet des agriculteurs. »
Nitrates, gestion et stockage de l’eau, outils de financement d’urgence, les sujets sont nombreux. « On attend des décrets depuis deux ans », poursuit le représentant syndical. Grégoire Bouilliant, membre du bureau de la FDSEA Île-de-France, confirme : « On en a marre de se faire balader par les élus. On voit bien en regardant l’Assemblée et les votes sur le budget que rien n’avance. Il y a quelques mois, le président parlait de réarmer la France militairement, mais aujourd’hui on a besoin de réarmer son agriculture. »
Très vite, l’enjeu du renouvellement des générations arrive sur la table. À 28 ans, Candice est venue à Paris sous la bannière de JA. Cette salariée agricole de Seine-et-Marne ne sait toujours pas si elle reprendra l’exploitation familiale : « Avec toutes les heures qu’on fait, on a du mal à sortir la tête de l’eau et à vivre de notre métier. J’ai du mal à me projeter. Si on pouvait seulement vendre nos productions au juste prix, ça serait déjà énorme. »
Le gouvernement envisage de nouvelles annonces
La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a assuré que ces annonces déjà faites aux agriculteurs ne valaient « pas solde de tout compte » et que « le dialogue et les échanges continuent ». « Ce qui a été mis sur la table par le gouvernement n’est pas pour solde de tout compte, mais on a besoin de continuer à discuter », a-t-elle affirmé sur TF1 ce mardi 13 janvier 2026.
Parmi les sujets qui pourraient faire l’objet de nouvelles annonces, Maud Bregeon a cité « la transmission, la question des revenus, la question de l’eau, de l’adaptation au changement climatique ». « La liste est évidemment non exhaustive », a-t-elle complété.
Outre la France, des manifestations ont eu lieu en Italie, Pologne ou Irlande. La ratification du traité dépend encore d’un vote qui s’annonce serré au Parlement européen, pas avant février. Un grand rassemblement d’agriculteurs est prévu devant son siège strasbourgeois le 20 janvier.
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